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National Centre for Geophysical Research - Activities - Earth Magnetism LOBSERVATOIRE DE MAGNETISME
TERRESTRE
Partie I : Mesure de la declinaison Partie II : Historique et remerciements
Pour la première fois depuis 1975, une mesure de la déclinaison vient dêtre réalisée au Liban : 3 degrés 18 minutes 26 secondes, en gros 3,3 degrés. Cette mesure a été réalisée le 14 avril 2000, ici à Qsaybeh dans " la salle de mesures absolues " et par comparaison avec linstrumentation qui se trouve dans " la cave des variomètres ". Cette cave qui a été voulue isobare et isotherme, sera définitivement fermée après linauguration, si possible pour les 100 années à venir Mais quest-ce donc que la déclinaison ? Cest bien sûr langle que forme la direction de laiguille de la boussole avec la direction du Nord " vrai ". Cest donc lerreur à laquelle est exposé quelquun qui voudrait se diriger en saidant de la boussole. Un degré de déclinaison équivaut à un écart de 17,5 mètres chaque fois quil aura parcouru un kilomètre. Dans notre région du monde, la boussole pointe légèrement vers lEst. Supposons donc quune personne située à Beyrouth souhaite trouver la direction de Tripoli avec une boussole de précision. Il commettrait donc lerreur suivante pour une distance de 80 km et une déclinaison de 3,3 degrés : 17,5 m x 3,3° x 80 km = 4600 m vers lEst. Ainsi lobservateur beyrouthin situerait Tripoli à plus de 4 km vers lEst à lintérieur des terres, tandis quun utilisateur de boussole tripolitain , si la valeur de la déclinaison est encore identique, positionnerait Beyrouth à plus de 4 km en mer. Voilà pourquoi la valeur de la déclinaison est portée en marge des cartes géographiques et maritimes. Malgré lavènement du GPS (Global Positioning satellite System), lusage de la boussole reste dactualité. Mais la valeur de la déclinaison change doucement dans le temps : cest sa variation séculaire. La dernière révision des mesures de déclinaison au Liban remonte à 1943, uvre de Jean Chevrier et Jean Delpeut. A ce moment, pour le Mont-Liban, la déclinaison nétait que de 1,75°E. Par la suite, sur les cartes topographiques du Liban, on a porté la valeur de 2,33°E (feuille de Dhour-Choueir-1964). Cette évolution séculaire est, bien sûr, source derreurs et il convient de la suivre, ainsi que celle des autres caractéristiques du champ magnétique terrestre au Liban. Toutes les composantes du champ et leur variations sont mesurées à Qsaybeh. Outre la variation séculaire, on peut observer notamment la variation diurne qui correspond au lever et au coucher du Soleil, les variations intenses exceptionnelles appelées " orages magnétiques " qui ont pour origine les explosions à la surface du Soleil et le flot de particules électriquement chargées qui nous sont apportées par le " vent solaire ". Nous sommes précisément dans une telle période de maximum dactivité solaire. Parce que ces orages magnétiques affectent les télécommunications internationales et représentent un grand danger pour les satellites et les hommes dans lespace, une nouvelle discipline sest créée : la météorologie spatiale. Les composantes mesurées à Qsaybeh sont valables pour le point de lobservatoire. Il servira donc de point de référence pour comparer les appareils qui serviront à explorer le Liban magnétique. En effet, laimantation des roches est variable suivant leur composition chimique, les phénomènes tectoniques qui leur ont donné naissance ou qui les ont par la suite affectés. Ainsi la cartographie magnétique du Liban révélera les failles et les concentrations minérales, les coulées volcaniques et la direction de ces coulées. De nombreuses applications géologiques ou pratiques résulteront de létablissement de cet observatoire. LObservatoire de Qsaybeh participera, ainsi que les premières mesures permettent de lespérer, au réseau dobservatoires ultramodernes connus sous le sigle INTERMAGNET (équivalent français : Observatoire Magnétique Planétaire). Qsaybeh est équipé par les soins de lInstitut de Physique du Globe de Paris dun dispositif denregistrement exceptionnel, conforme au cahier des charges INTERMAGNET. Une première évaluation du site met en évidence sa qualité élevée, ceci à notre grand soulagement. Le soin mis à la réalisation par léquipe du Centre national de géophysique ny est pas non plus étranger. En effet, les 3 petits édifices de lobservatoire sont construits sans matériaux susceptibles daffecter les mesures. On a ainsi utilisé le ciment blanc, plutôt que le ciment gris ordinaire qui peut contenir jusquà 5% doxydes de fer. Naturellement tous les bétons ont été coulés sans ferraillage et sans sable siliceux rouge qui contient beaucoup de limonite (oxyde de fer hydraté). Les assemblages de bois ou daluminium ont été réalisés avec de la visserie de laiton ou dacier A4. Cette visserie, introuvable en quantités au Liban, a été importée. La cave a été calfeutrée, murs, sols et plafond, pour en assurer lisolation thermique et barométrique, avec 10 cm dépaisseur de panneaux de polystyrène extrudé. Lobjectif du réseau INTERMAGNET est la modélisation des phénomènes qui donnent naissance au champ magnétique terrestre et qui sont profondément enfouis dans le noyau terrestre à plus de 3000 km sous nos pieds. Nos mesures seront donc publiées semaine après semaine et assureront donc la participation des chercheurs libanais à ces passionnantes études fondamentales.
Depuis nos débuts dans les années 70, lInstitut de Physique du Globe de Paris est associé à ce projet. Aussi il est temps de nommer les personnes qui, par leur énergie, ont permis que nous soyons ici : Pour commencer, le citoyen regretté de Qsaybeh, feu Loutfallah Neaimeh. Ensuite nos invités : Jean-Louis Le Mouël, membre de lInstitut de France et directeur de lIPGP, qui au hasard dune rencontre à Paris ma fait part de sa détermination. Guy Aubert, directeur des relations internationales de lIPGP, qui sest obstiné à lever tous les doutes et toutes les hésitations. Joseph Naggear, premier président et fondateur du CNRSL, qui reste limpulsion cachée mais fondamentale derrière ce projet. Georges Tohmé, actuel président, amoureux de cette vallée de Qsaybeh, qui dès sa prise en charge en 1993, a soutenu avec force la géophysique. Mouïn Hamzé, Secrétaire général du CNRSL, qui ne sait rien refuser au Centre de géophysique. Est-ce assez dire Ali Mounzer, conseiller scientifique, chef de lunité des sciences de lingénieur au CNRSL, qui a assuré, depuis 1970, la continuité de ce projet. Je ne veux pas oublier Abdallah Zehil et Ruby Klink, si précieux quoique quils aient quitté la géophysique. Enfin, " last but not least ", la petite équipe du Centre de géophysique qui a transpiré sur le terrain depuis six mois, sans ménager son temps et au mépris de la vie de famille. Donc, bien plus que linauguration de lobservatoire magnétique proprement dit et sans diminuer de son intérêt, ce qui est aussi inauguré symboliquement, cest la pierre angulaire du Centre de géophysique de Qsaybeh avec lensemble de ses activités futures : géomagnétisme, sismologie, géodésie spatiale, gravimétrie, tectonique active. La réalisation des futurs bâtiments est dépendante des financements qui seront trouvés par le Conseil pour le Développement et la Reconstruction ; mais tous les espoirs sont permis, car le CDR a progressé dans ce sens. Lexpertise et les garanties scientifiques seront apportées par lIPGP sous couvert de lUNESCO. Nous sommes heureux de constater que ces deux organismes ont déjà commencé à travailler ensemble sur nos projets. Le partenariat CNRSL-IPGP est vivant : en 1999, lIPGP a assuré en présence au Liban 179 jours-homme ! Mais chacun sait que la recherche scientifique est coûteuse. Nous avions donc reçu les soutiens financiers de CEDRE, de la Mission culturelle de lAmbassade de France, du CNRS français. Nos sommes heureux que ces soutiens aient été renouvelés, sinon augmentés pour lan 2000. Nous en sommes dautant plus heureux que tous les partenaires se retrouvent ici réunis sur ce beau domaine de Qsaybeh.
Alexandre Sursock 17 avril 2000
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