Le CNRS doté d’un bateau scientifique pour l’étude de la pollution et des profondeurs marines

Le « Cana » du CNRS à quai, à la base navale militaire du port de Beyrouth.  Photo Nasser Traboulsi
Le « Cana » du CNRS à quai, à la base navale militaire du port de Beyrouth.  Photo Nasser Traboulsi

Le Liban, plus exactement le Conseil national de la recherche scientifique (CNRS), est désormais doté d'un bateau de recherche scientifique entièrement équipé pour l'étude des fonds marins et de la pollution marine, le premier en son genre dans les pays arabes du bassin méditerranéen. Baptisé « Cana », pour l'aspect symbolique du nom, cet ancien bateau de pêche qui a longtemps sillonné la Méditerranée est un don du gouvernement italien par le biais du Centre international pour les recherches méditerranéennes agronomiques avancées (Ciheam), établi à Bari.
Ce don, qui s'élève à un million cinq cent mille euros, englobe le bateau, son laboratoire et ses équipements scientifiques, ainsi que la formation des équipes de travail. Un deuxième don du gouvernement italien de l'ordre de deux millions trois cent mille euros, dont le protocole doit être signé incessamment avec le gouvernement libanais, permettra la mise en place du projet de travail du bateau scientifique, le transfert des expertises italiennes et le fonctionnement du laboratoire, sur une période de trois ans.

 



Huit programmes simultanés
C'est au cours d'une conférence de presse donnée en présence du représentant de l'ambassade d'Italie au Liban, Antonio Righetti, du représentant du Ciheam, Biagio Di Terlizzi, et du directeur du Centre de recherches marines du CNRS, Gaby Khalaf, que le secrétaire général du CNRS, Mouïn Hamzé, a présenté le bateau scientifique, ainsi que les objectifs d'un tel projet. Il a précisé que le rayon d'action du « Cana » s'étale sur 200 km de littoral, de Abdé à Naqoura, et que le bateau scientifique étudiera la pollution marine jusqu'à 200 km de profondeur, ainsi que les répercussions de cette pollution sur la faune et la flore marines. « Car la Méditerranée n'appartient pas au Liban seul, mais à 27 États », a-t-il observé. Il est important de savoir que 70 % de la population libanaise vit sur le littoral, déverse ses déchets dans la mer et menace la Méditerranée, a encore affirmé le Dr Hamzé. « Il est aussi important de réaliser que plus de 80 % du littoral est pollué et donc impropre à la baignade », a-t-il ajouté, précisant que le bateau scientifique révélera à la population les lieux de pollution maritime ainsi que les différentes formes de pollution.
Huit programmes seront menés simultanément par le « Cana », a affirmé le secrétaire général du CNRS. Le Dr Hamzé a ainsi précisé que le bateau scientifique conduira une recherche sur les poissons, déterminera les espèces menacées par la pollution et sera à même d'établir un calendrier des saisons de pêche. Et d'ajouter que le « Cana » identifiera également les sources souterraines d'eau douce et étudiera les vestiges archéologiques enfouis sous la mer. Il dressera enfin des cartes bathymétriques à proximité de la côte, pour mesurer les profondeurs marines à moins de 200 mètres de profondeur, et pour mieux comprendre la géologie « off shore » et « on shore ». Le Dr Hamzé a précisé que « ces cartes bathymétriques compléteront celles réalisées en 2003 à 100 km de profondeur, sur toute la longueur du littoral libanais ». Il a indiqué à ce propos que « les cartes bathymétriques sont un excellent indicateur des couches d'emmagasinage du gaz et du pétrole ».

Sensibiliser les élèves
« À l'issue des recherches, le CNRS soumettra les résultats aux ministères concernés, qui se chargeront de la mise en œuvre de ses recommandations », a précisé le chercheur.
À son tour, Gaby Khalaf a mis l'accent sur la vocation éducative du bateau scientifique, qui entend sensibiliser les élèves et les étudiants à la pollution marine. Dans cette optique, les jeunes participeront à des sorties en mer et observeront les fonds marins par le biais d'un robot doté d'une caméra, placé en profondeur.
Dans le cadre de la présentation du « Cana » à la presse, les journalistes ont embarqué, hier, à bord du bateau scientifique, qui est peint en orange et bleu, conformément aux normes internationales, mesure 28 m de long et pèse 155 tonnes. Les journalistes ont assisté, de plus, à la récolte d'échantillons à une profondeur de 16 mètres, et à l'analyse in situ de ces échantillons. Ils ont ainsi pris connaissance de la température de l'eau, de son degré de salinité, de la force et de la direction du courant.
Vendredi 3 avril, à 11 heures, aura lieu l'inauguration officielle du bateau scientifique du CNRS, à la base militaire navale du port de Beyrouth, où est amarré le « Cana ». L'événement se déroulera sous le patronage du Premier ministre, Fouad Siniora, et verra la présence de nombreuses personnalités.
L'événement est de taille, non seulement pour l'environnement, mais aussi pour le rôle du Liban dans la lutte contre la pollution de la Méditerranée. Il reste à espérer que les hommes politiques sauront utiliser à bon escient les recommandations de ce programme et prendre les mesures adéquates, avant qu'il ne soit trop tard.