Rapport du CNRS- Centre National de Géophysique
sur l'activité sismique
près de Sour en Février 2008
La région de Sour a été frappée par une série de secousses sismiques, série
qui a débuté le mardi 12 février à 1h47 du matin. Cette secousse a été ressentie
sans faire de dégâts. Son épicentre a été relocalisé dans le périmètre de Srifa,
Chehour, Kfar Sir et sa magnitude Richter a été évaluée à 4,2.
L'agitation microséismique s'est maintenue avec parfois des événements de
magnitude 3,5-3,7 jusqu'au Vendredi 15 février. Ce Vendredi 15 février à 12h36,
une secousse de magnitude 5,1 a secoué le même périmètre occasionnant des
dégâts dans une aire assez vaste et jusqu'à Saïda: écroulement de murs non consolidés, fissurations
importantes dans les maçonneries, chutes d'objets placés sur des étagères, deux
blessés. Les écoles publiques ont été particulièrement affectées, mais fort heureusement elles étaient
fermées ce vendredi à midi. A 14h15, un nouveau séisme de magnitude 4 frappait à nouveau la région
proche de Srifa.
Nous avons procédé à la relocalisation de tous ces événements au fur et à mesure
que nous avions accès aux données des stations sismiques de la Békaa qui ne sont pas encore connectées
en temps réel au centre de Bhannès. Il a été possible de placer jusqu'à 233 épicentres qui se sont groupés en forme
d'aggrégat elliptique ayant 8 km de grand-axe. Cet axe est parallèle aux failles connues dans la région et portées sur la
carte géologique du Liban, mais n'avait pas été associé à une faille active.
Après que le séisme de magnitude 5 ait frappé, le Centre de recherches géophysiques a alerté les Autorités
et la Défense Civile sur la possibilité d'un événement de même ampleur dans les 24 heures qui suivaient,
comme le 26 mars 1997 où se sont succédés à dix heures d'intervalle deux secousses de magnitude 5 au Barouk.
Une réunion ministérielle d'urgence a été convoquée au Grand Sérail immédiatement après l'émission de l'alerte; nous y avons fait état
du potentiel des failles locales à produire un tremblement de terre encore plus important qui pourrait
produire un glissement de terre sous-marin et un raz-de-marée local sur la ville de Sour.
Ces 24 heures dangereuses écoulées, l'agitation microséismique semblait avoir tendance à se réduire en intensité
et nous avons encouragé fortement la population à reprendre confiance et à retourner chez elle dans les maisons et
à reprendre une activité ordinaire.
Sans doute faut-il être avisé du risque sismique encouru, non seulement par la région de Sour,
mais aussi par toutes les régions du pays sans exception à égalité de niveau et de risque. En effet,
on rappelle que les derniers tremblements de terre semblables à celui du Vendredi 15 ont eu lieu le
3 juin 1983 à Dahr el Baidar avec une magnitude de 5,3; puis le 26 mars 1997, au Barouk, deux événements
successifs dans la même journée avec une magnitude de 5.
Il est à noter que depuis 1920, début de la surveillance sismique au Liban, on a constaté, dans l'aire libanaise,
un rythme de 10 ans pour ces événements de magnitude 5. Il faut mentionner en outre l'événement du 16 mars 1956 de
magnitude 6 situé près de Chhim qui a été destructeur dans une large aire. Ce dernier événement reste un cas isolé depuis 1920.
Nous précisons que le risque sismique dans la région libanaise est très faible comparé à celui constaté en Turquie,
en Grèce ou même à Chypre. Il n'en demeure pas moins que des mesures de prévention sont nécessaires. Entre autres,
on peut citer: la qualité des constructions et des matériaux, les mesures adéquates pour assurer le maintien des
réseaux téléphoniques, des adductions d'eau et d'électricité, la facilité d'accès aux institutions de secours et
de commandement; toutes choses qui nécessitent à l'avance une réflexion et une planification approfondies en vue
d'une gestion du risque sismique au Liban.